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Interview exclusive d'Adeline CHETAIL


Auteur : Otaking | Date : 30/10/2015

Née le 26 mai 1986 à Semur-en-Auxois (Bourgogne), Adeline CHETAIL débute très tôt sa carrière dans le doublage en participant à la remasterisation du long-métrage Bambi de Disney. Elle se spécialisera dans ce domaine au fil des années en prêtant sa voix à nombreux personnages et marques – en tant que voix off – telles Orange, Neutrogena, Hasbro ou encore Nintendo DSi. Polyvalente, elle a également joué dans quelques pièces de théâtre, films et séries télévisées français et a animé l’émission Disney Club sur TF1 entre 1998 et 2000.

Bonjour, Pouvez-vous rapidement vous présenter ?
Bonjour ! Je m’appelle Adeline CHETAIL, j’ai vingt-neuf ans et je suis comédienne spécialisée dans le doublage de voix. J’ai emménagé en région parisienne à l’âge de douze ans et commencé à travailler de manière professionnelle à partir de mes seize ans environ. J’ai suivi un parcours scolaire exclusivement par correspondance et je me suis arrêtée avant même de pouvoir passer mon BAC. Mon parcours est très atypique et ne représente pas un exemple, car pour accéder à l’univers du doublage de voix une formation de comédien est toujours demandée (notamment des cours ou un conservatoire de théâtre). Moi j’ai commencé très tôt et j’ai appris sur le tas ! J’adore le fait de pouvoir endosser un personnage différent chaque jour et de ne pas avoir à me « montrer » physiquement. Je trouve ça magique de me dire que les gens m’ont forcément entendue quelque part sans jamais m’avoir vue !

Dans quelle circonstance avez-vous découvert le monde du doublage ?
J’ai commencé à l’âge de sept ans, un peu par hasard. Mon père était conteur et a mis en scène un spectacle pour enfants dans lequel j’ai joué. J’ai beaucoup aimé ça et je lui ai demandé de continuer. Il m’a alors inscrite dans une agence de comédiens et une amie lui a proposé de me présenter à une directrice artistique de doublage. Mon tout premier film, c’est Bambi, dans lequel j’ai dit une petite phrase.

Appréciez-vous l'animation japonaise et si oui quelles sont vos œuvres préférées?
Je suis sans conteste une fan du réalisateur Hayao MIYAZAKI (宮崎駿) et Le Voyage de Chihiro est l’un de ses films que j’affectionne tout particulièrement. Après, mes connaissances en animation japonaise ne sont pas très étendues, j’ai surtout découvert cet univers en participant à certains doublages français. Quand j’étais plus jeune je lisais plutôt des mangas papiers (des classiques comme Kenshin le Vagabond, One Piece, Naruto…).

Connaissiez-vous Gurren Lagann avant d'avoir été contactée pour participer à son doublage ?
Non pas du tout ! Je connaissais Abenobashi Magical Shopping Street car je l’avais doublé précédemment et quand on m’a contacté en me disant qu’il s’agissait des mêmes créateurs, j’étais ravie car je savais que j’allais bien m’amuser !

Avez-vous une anecdote sur ce doublage ?
Houlà… Les enregistrements remontent à quelques années maintenant ! Je n’ai pas d’anecdote précise en tête mais je me souviens à quel point c’était agréable de travailler sur une série aussi déjantée et dont l’histoire était si développée. J’ai de bons souvenirs également de mes séances en duo avec Olivier MARTRET qui interprétait Simon. Nos personnages ont de jolies scènes ensemble. Ah, si, il y a un détail qui me revient maintenant. Nous travaillions dans un tout petit studio vraiment pourri, les conditions de travail n’étaient vraiment pas top. J’ai été surprise et dégoutée d’apprendre qu’il s’agissait d’anciens studios utilisés pour faire des doublages de films porno ! Urk !

Comme de nombreux personnages dans Gurren Lagann, Nia grandit et évolue tout au long de la série. À quel moment votre travail fut le plus difficile ?
Bizarrement, la partie la moins agréable pour moi a été le tout début, quand elle est très jeune. En version originale, Nia a une voix très aiguë, très perçante : nous avons essayé d’atténuer cet effet qui est plutôt désagréable pour l’oreille française, tout en conservant sa personnalité fragile et enfantine. Je me suis sentie beaucoup plus à l’aise dès qu’elle est devenue plus âgée et que j’ai pu utiliser mon timbre de voix naturel.

Vous avez aussi prêté votre voix pour la jeune Arumi dans Abenobashi Magical Shopping Street. Comment vous êtes-vous préparé à jouer une jeune fille tantôt posée, tantôt hystérique ?
Je n’ai pas du tout été préparée ! En doublage nous n’avons pas de travail préparatoire pour notre personnage. C’est une recherche immédiate basée sur l’écoute de l’original lorsque nous regardons la scène que nous allons doubler. Il faut mémoriser dans l’instant toutes les nuances et variations du jeu d’acteur original et le reproduire au plus proche tout en disant tous les mots intelligiblement et en lisant la bande rythmo en place pour être synchrone. Autant dire que ce n’est pas évident, surtout lorsqu’on a un personnage aux changements d’humeur aussi variés qu’Arumi ! Heureusement, nous sommes guidés par un directeur artistique qui de son côté à visualisé l’entièreté du produit et veille à ce que nous soyons totalement « raccord ».

Quel souvenir avez-vous de ce doublage et qu'elle fut votre sentiment vis à vis de la série ?
J’ai tout simplement adoré cette série et me rendre aux séances d’enregistrements était un véritable bonheur. Justement, le fait que mon personnage soit si complexe et fasse autant de ruptures de jeu me donnait l’impression de relever un véritable défi à chaque scène ! Nous étions tous très soucieux de fournir une bonne VF dans l’équipe et nous avons de nombreuses fois dépassé les horaires jusque tard pour prendre le temps de fournir un bon travail ! Malheureusement le budget alloué à cette série était assez restreint mais nous avons vraiment fait notre maximum pour que ça ne se ressente pas sur le résultat final. Nous nous sommes donc tous beaucoup investis personnellement car nous aimions beaucoup ce titre.

Vous êtes aussi régulièrement crédité sur de nombreux films du studio Ghibli tels Nausicäa de la vallée du vent, Kiki la Petite sorcière, Arrietty, le petit monde des chapardeurs ou plus récemment Souvenirs de Marnie. Comment expliquez-vous ces choix ? Quelles sont les différences entre un doublage de série télévisée et un long-métrage cinématographique ?
Je ne peux pas expliquer les choix des directeurs artistiques ni des clients pour lesquels je travaille, je ne peux qu’être ravie qu’on pense à moi pour un rôle, j’imagine donc que mon travail est apprécié et que mon timbre de voix correspond aux personnages sur lesquels on me propose de passer des essais. J’ai moi-même été étonnée (autant qu’heureuse) d’être rappelée régulièrement pour des longs-métrages du studio Ghibli. J’avais peur que ma voix lasse les spectateurs. Mais on m’a expliqué que dans la culture du doublage japonais il est normal d’être « fidèle » quand la voix d’un comédien plait. Dans le cas de Nausicäa c’est d’ailleurs Hayao MIYAZAKI lui-même qui a choisi parmi les différents comédiens en écoutant les castings et il savait que j’avais déjà doublé Kiki. La différence entre le doublage d’une série et d’un long métrage est très simple : nous avons beaucoup plus de temps pour travailler et cela est plus confortable. C’est donc une bête question de budget !

Quel est votre point de vue concernant ce sempiternel débat entre version originale et version française ?
Je suis assez mal placée pour avoir un avis objectif dans ce débat car le fait que la VF existe constitue tout simplement mon gagne-pain. Cela dit je trouve qu’il est normal, si on est bilingue, de préférer la VO car un film ou une série sera toujours plus riche dans sa langue originale, pour peu qu’on comprenne ce qui est dit. Je trouve que de manière générale les VF sont réussies. Le but du jeu pour nous c’est vraiment de transposer un produit d’une langue à une autre en le dénaturant le moins possible. Malheureusement, il peut y avoir quelques couacs, notamment sur des produits mal évalués comme l’animation japonaise car ils sont distribués avec peu de moyens. Quand on doit travailler très vite on ne peut fournir la même qualité de rendu que sur un produit où on a le temps nécessaire pour soigner le résultat. Chaque étape d’un doublage est importante et nécessite un certain temps de travail selon la complexité du produit et sa densité : de la traduction au mixage en passant par l’adaptation, la distribution des rôles et l’enregistrement. Si une étape est bâclée, toute la série ou le film peut en pâtir !

Quels sont vos projets actuellement ?
Je travaille actuellement sur plusieurs séries, notamment de l’animation avec la troisième saison des Mystérieuses Cités d’Or dans laquelle j’interprète Zia et je viens de terminer également une session pour Seven Deadly Sin et dans lequel je double la voix d’Elisabeth.

Et enfin, quels sont vos passions en dehors du doublage ?
Quand je ne travaille pas, je fais du sport, je cuisine beaucoup car j’adore tester de nouvelles recettes, je lis pas mal et je regarde beaucoup de films. J’aime être avec mes amis, voyager et faire des visites touristiques. Je vais souvent voir des expositions à Paris.

Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps et bonne continuation pour la suite de votre carrière !

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